Troubles non moteurs Parkinson IDEL : repérage et conduite pratique à domicile

Dans la maladie de Parkinson, si les tremblements et la rigidité attirent immédiatement l’attention, les troubles non moteurs, eux, passent souvent inaperçus. Pourtant, ils pèsent parfois plus lourd sur le quotidien.

Troubles digestifs, troubles du sommeil, hypotension orthostatique, douleurs, anxiété ou troubles cognitifs : ces symptômes s’installent progressivement et sont souvent banalisés ou attribués à tort au vieillissement.


Résultat : ils sont parfois sous-repérés alors qu’ils altèrent fortement la qualité de vie, favorisent les chutes et épuisent les aidants.

À domicile, l’infirmier libéral occupe une position privilégiée.

Au fil des passages, il observe les changements, interroge le patient, échange avec l’entourage. Ce suivi régulier permet d’identifier précocement des signes qui peuvent échapper aux consultations ponctuelles.

Or ces troubles sont loin d’être anodins : au cours de l’évolution de la maladie, la grande majorité des patients développe au moins un trouble non moteur significatif.

Le repérage précoce constitue donc un enjeu majeur de la prise en charge.

Les troubles non moteurs impactent l’autonomie et la qualité de vie, parfois plus encore que la lenteur ou les tremblements.  

Ils peuvent apparaître très tôt, parfois plusieurs années avant le diagnostic. Leur évolution se poursuit ensuite parallèlement — ou indépendamment — des signes moteurs, souvent entre deux consultations médicales. Dans ce contexte, le rôle de l’IDEL est déterminant.

Un repérage structuré et une transmission précoce permettent souvent d’éviter une hospitalisation, notamment en ajustant un traitement, en renforçant l’aide au domicile ou en mobilisant l’équipe de soins.

La plupart des troubles non moteurs peuvent avoir une double origine : 

  • neurodégénérative (évolution naturelle),
  • iatrogène (effets indésirables ou surdosage médicamenteux). 

L’IDEL doit donc déterminer si les symptômes sont liés à l’évolution de la maladie ou induits par le traitement antiparkinsonien, afin d’adapter la prise en charge.

Tableau repère : maladie ou traitement ?  

Symptôme Possible évolution maladiePossible effet du traitement Action IDEL
Hallucinations Fréquentes aux stades avancés, parfois associées à un déclin cognitif.Agonistes dopaminergiques, L-Dopa à fortes doses, associations de traitements dopaminergiques.Vérifier le contexte (fièvre, infection, douleur), sécuriser l’environnement, rassurer l’aidant, tracer les horaires/prises, alerter rapidement le médecin et le neurologue.
Hypotension orthostatique Dysautonomie (fréquente avec l’âge et l’évolution de la maladie).Antiparkinsoniens, antihypertenseurs, diurétiques, psychotropes.Mesurer la pression couchée/debout, adapter le lever, sécuriser les transferts, vérifier l’hydratation, transmettre au médecin toute chute ou malaise répété.
Somnolence diurne, endormissements brutauxFatigue liée à la maladie, troubles du sommeil nocturne associés.Agonistes dopaminergiques en particulier, surdosage global.Repérer les situations à risque (endormissement lors des repas, au fauteuil, en voiture), informer le patient et l’aidant, tracer, recommander un avis médical rapide en cas d’épisodes répétés.
Confusion, désorientation aiguëÉvolution cognitive de la maladie, possible démence associée.Médicaments anticholinergiques, certains antidépresseurs, sédatifs, surdosage dopaminergique.Rechercher les facteurs déclenchants, sécuriser le lieu de vie, alerter en urgence le médecin, voire le SAMU si danger immédiat.

→ Ce tableau permet de poser rapidement les bonnes questions : depuis quand, à quels horaires par rapport aux prises, dans quel contexte, avec quel impact fonctionnel. 

Quelques outils simples permettent de sécuriser la pratique.
Le tableau ci-dessous vous aide à évaluer rapidement la situation clinique dès l’arrivée au domicile, puis à décider de la conduite à tenir : adaptation des soins ou alerte médicale.

Tableau terrain : symptôme, signes, risque, action immédiate  

Symptômes Signes terrain observésRisque principal Action IDEL immédiate
Constipation Selles rares, dures, douleurs abdominales, efforts prolongés à la selle, refus d’aller à la selle, ventre ballonné.Fécalome, occlusion, aggravation des douleurs, baisse de l’appétit, iatrogénie médicamenteuse (laxatifs inadaptés).Interroger la fréquence et l’aspect des selles, vérifier l’hydratation et l’alimentation, noter les traitements, encourager l’activité, tracer et transmettre au médecin en cas de constipation persistante.
Hypotension orthostatiqueVertiges au lever, besoin de s’asseoir rapidement, chutes à répétition, pâleur, fatigue intense.Traumatismes, fractures, perte d’autonomie, hospitalisation.Mesurer la tension couchée/debout, sécuriser le lever, adapter l’environnement (barres, éclairage), signaler toute chute ou malaise répétés.
Hallucinations Dialogue avec des personnes absentes, vision d’animaux ou d’objets inexistants, peur nocturne, agacement de l’aidant.Syndrome confusionnel, rupture de l’alliance thérapeutique, épuisement de l’aidant, risque de fugue.Rester calme, éviter la confrontation directe avec le patient, sécuriser les lieux, rassurer l’entourage, noter la fréquence et le moment de survenue, transmettre rapidement au médecin.
Troubles du sommeilRéveils nocturnes fréquents, cauchemars, mouvements brusques, agitation nocturne, somnolence diurne, siestes multiples.Chutes nocturnes, fatigue diurne, aggravation des troubles cognitifs et de l’humeur.Interroger la nuit (horaires, chutes, levers), sécuriser le chemin vers les toilettes, adapter la lumière, informer le médecin si le retentissement diurne est important.
Anxio-dépressionTristesse, repli, irritabilité, plainte anxieuse, perte d’intérêt, modification de l’appétit ou du sommeil.Risque suicidaire, non-observance, isolement social, décompensation globale.Ouvrir l’échange, légitimer la souffrance psychique, encourager à en parler au médecin, repérer toute idée de mort, proposer un avis spécialisé si possible.

→ Pour une vision complète du rôle clinique infirmier, consultez notre guide détaillé : Maladie de Parkinson : rôle de l’infirmier dans l’accompagnement au quotidien.

Les troubles digestifs sont parmi les plus fréquemment rencontrés dans la maladie de Parkinson. 

On retrouve notamment :

  • la constipation chronique, qui peut précéder de plusieurs années le diagnostic de la maladie de Parkinson et concerne une grande partie des patients. 
  • La dysphagie et la dénutrition, qui exposent à des risques majeurs : fausses routes, pneumopathies d’inhalation, perte de poids rapide et fragilité globale. 

→ L’IDEL a un rôle central : surveiller l’état nutritionnel, adapter les textures alimentaires, collaborer avec l’orthophoniste et le diététicien, et alerter le médecin en cas d’altération de l’état général.

Constipation : repères pratiques  

  • Interroger systématiquement la fréquence des selles (nombre de selles par semaine, changements récents).
  • Vérifier l’hydratation (apports quotidiens, accès à l’eau, aide pour boire).
  • Surveiller le poids et le périmètre abdominal, repérer les ballonnements et les douleurs.
  • Adapter ou vérifier la texture de l’alimentation et l’apport en fibres.

Dysphagie : signaux à ne pas manquer  

  • Toux ou raclements de gorge pendant les repas, allongement du temps des repas, blocage ressenti dans la gorge.
  • Amaigrissement insidieux, fatigue marquée, refus de certains aliments.
  • Nécessité de fractionner les repas, d’adapter les textures (mixé, haché) et d’impliquer l’orthophoniste.

Dénutrition : vigilance quotidienne  

  • Perte de poids involontaire, vêtements qui « flottent », baisse d’appétit durable.
  • Vérifier le poids à intervalle régulier (au minimum mensuel chez les patients fragiles).
  • Travailler avec le médecin et le diététicien pour ajuster les apports et envisager des compléments nutritionnels oraux si nécessaire.

→ Ces troubles peuvent aussi perturber l’absorption des traitements dopaminergiques, avec un impact direct sur l’efficacité thérapeutique.

L’hypotension orthostatique est souvent liée à une atteinte du système nerveux autonome. Elle peut être aggravée par certains traitements (antiparkinsoniens, antihypertenseurs, diurétiques) ou par la déshydratation.

Elle se manifeste par des étourdissements, une sensation de tête vide ou des malaises au lever, souvent attribués à tort à la fatigue ou au vieillissement.

Il s’agit de l’une des principales causes de chute à domicile.

Un protocole simple et reproductible aide l’IDEL à sécuriser chaque lever et à décider du niveau d’urgence de la transmission au médecin.

Situations clés :

Situation Conduite IDELNiveau d’urgence
Vertiges au lever sans chute, tension légèrement abaissée au passage deboutLever progressif en deux temps (assis puis debout), conseils sur l’hydratation, surveillance sur quelques jours, traçabilité des épisodes. Transmission non urgente mais systématique au médecin, surtout si les épisodes sont répétés.
Chute sans traumatisme grave, malaise bref, récupération rapideBilan rapide (douleur, mobilité, état neurologique), mesure de la tension couchée/debout, sécurisation de l’environnement, information de l’aidant.Transmission rapide au médecin dans la journée, adaptation possible des traitements ou des aides techniques.
Chute avec traumatisme suspect, confusion, douleur intense ou impossibilité de se releverSécurisation du patient, surveillance clinique, contrôle des constantes, évaluation de la conscience.Appel immédiat au SAMU, puis information au médecin traitant/neurologue.

→ Les autres troubles dysautonomiques sont : 

  • les troubles urinaires, 
  • l’hypersudation, 
  • les troubles de la régulation thermique 
  • et la dysfonction sexuelle.

Les troubles cognitifs et psychiatriques, notamment les hallucinations et la dépression, sont fréquents lorsque la maladie de Parkinson évolue. 

Ils représentent une source majeure de souffrance pour le patient et peuvent profondément désorganiser le quotidien de la famille. 

Les hallucinations dopaminergiques peuvent apparaître après une augmentation de dose du traitement antiparkinsonien, lors d’un épisode infectieux ou chez un patient ayant déjà une fragilité cognitive. 

La dépression, quant à elle, reste souvent sous‑diagnostiquée alors qu’elle altère fortement l’adhésion aux soins, la motivation pour la rééducation et, plus largement, la qualité de vie. 

L’IDEL est souvent le premier à repérer ces difficultés, exprimées par le patient ou par l’aidant, parfois avec gêne ou une inquiétude.

Dans ce contexte, son rôle est essentiel : observer, interroger, tracer précisément les symptômes, leur contexte d’apparition et leur retentissement afin de faciliter l’évaluation médicale.

La coordination avec le médecin est alors indispensable. Elle peut conduire à un ajustement du traitement antiparkinsonien, à un avis psychiatrique ou à la mise en place d’un soutien psychologique.

À noter : 

La confusion aiguë doit toujours faire rechercher un facteur déclenchant : infection urinaire, douleur, déshydratation, constipation sévère ou effet indésirable médicamenteux. 

Les troubles du sommeil sont également fréquents.

Ils peuvent prendre différentes formes : insomnies, réveils nocturnes répétés, sommeil fragmenté, mouvements brusques pendant la nuit, cauchemars, mais aussi somnolence diurne et endormissements soudains.  

L’IDEL interroge les horaires d’endormissement et de réveil, les éventuelles chutes nocturnes, les siestes répétées dans la journée, ainsi que les observations de l’aidant. 

→ La sécurisation de l’environnement nocturne (veilleuse, accès aux toilettes, barres d’appui) et l’éducation de l’aidant font partie intégrante de la prise en charge.

À retenir : la somnolence diurne excessive peut être liée à la maladie, mais aussi à certains traitements, notamment les agonistes dopaminergiques.

Dans ce cas, il est nécessaire d’alerter le médecin ou le neurologue afin d’adapter le traitement.

Certaines erreurs sont fréquentes au domicile, non par manque de compétence, mais faute d’outils simples de repérage et de réflexes structurés. 

Parmi les erreurs courantes, on retrouve :  

  • Banaliser la constipation : elle peut annoncer un fécalome ou aggraver d’autres troubles.
  • Ignorer une hypotension orthostatique : une tension peut sembler « correcte » en position couchée.
  • Attribuer les hallucinations à l’âge sans envisager un effet du traitement dopaminergique ou un syndrome confusionnel aigu. 
  • Négliger la perte d’appétit et les variations de poids qui peuvent traduire une dénutrition, une dysphagie ou un trouble de l’humeur.

Face à des symptômes non moteurs, la question est simple : faut‑il surveiller, contacter le médecin dans les jours qui suivent ou déclencher une transmission urgente ?

Le tableau suivant permet de guider cette décision et d’arbitrer rapidement en situation réelle.

Symptôme Délai acceptable Transmission urgente 
Constipation sans douleur majeure, selles espacées mais présentesSurveillance et adaptation hygiéno-diététique quelques jours, message non urgent si persistance.Douleurs abdominales importantes, absence totale de selles, vomissements : contact médical rapide, voire urgence selon le contexte.
Hypotension avec vertiges sans chuteInformation au médecin dans les jours suivants, surveillance tensionnelle.Malaise avec chutes répétées, traumatisme, impossibilité de se relever : appel médical immédiat, voire SAMU.
Hallucinations modérées, patient peu gênéTransmission au médecin dans les jours suivants, recherche de facteurs déclenchants.Hallucinations envahissantes, agitation, idées délirantes, risque de passage à l’acte ou mise en danger : appel urgent au médecin ou au SAMU.
Confusion aiguë, désorientation brutaleTransmission immédiate au médecin, suspicion de cause intercurrente (infection, iatrogénie).Si altération de la conscience, troubles neurologiques associés ou chute grave : recours aux urgences.
Fatigue extrême, perte d’appétit, perte de poids rapideRendez-vous médical rapproché, bilan de dénutrition, adaptation des aides.Amaigrissement massif, troubles de déglutition avec fausses routes : avis urgent, risque de pneumopathie d’inhalation.

→ Pour plus détails sur les signes d’aggravation de la maladie de Parkinson, consultez notre article dédié.

Que faire face à des hallucinations au domicile ? 

Rassurez le patient et l’aidant, sécurisez l’environnement et recherchez un facteur déclenchant (infection, nouveau médicament, déshydratation). Transmettez rapidement au médecin, voire dirigez le patient vers les urgences si les hallucinations sont envahissantes ou dangereuses.

La constipation estelle systématique dans la maladie de Parkinson ? 

Non, mais elle est très fréquente. Elle doit être systématiquement surveillée et prise en charge, comme chez tout patient fragile, en évaluant l’hydratation, l’alimentation, les traitements et la fréquence des selles.

Quand hospitaliser un patient parkinsonien pour un trouble non moteur ? 

Une orientation vers les urgences est nécessaire en cas de confusion aiguë sévère, de chutes avec traumatisme, de suspicion d’occlusion, de dénutrition majeure ou de trouble respiratoire lié à des fausses routes.

Comment différencier dépression et fatigue liée à la maladie ? 

La dépression associe généralement tristesse persistante, perte d’intérêt, culpabilité ou idées noires, alors que la fatigue isolée est surtout physique. Dans tous les cas, il est important d’en parler au médecin pour envisager un soutien adapté.

La somnolence vientelle forcément du traitement antiparkinsonien ? 

Non. Elle peut être liée à la maladie elle-même, à des troubles du sommeil nocturne ou à d’autres médicaments. Les agonistes dopaminergiques sont toutefois particulièrement impliqués, d’où l’importance de tracer les épisodes et d’en informer le prescripteur.

Sources :

Ministère de la Santé : La maladie de Parkinson.

HAS : Guide du parcours de soins — Maladie de Parkinson.

France Parkinson — Quels sont les symptômes de la maladie de Parkinson ?INSERM — Maladie de Parkinson.

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir toutes les actualités !

Suggestion d'articles

Quelle est votre profession ?

Testez votre éligibilité au DPC !