En 2024, 80 % des adultes de 18 à 79 ans se déclaraient favorables à la vaccination, selon Santé Publique France. Mais être favorable ne se traduit pas toujours par un passage à l’acte vaccinal. À ceux-là s’ajoute une part non négligeable de patients qui hésitent ou refusent le vaccin.
Sur le terrain, cela se traduit presque toujours de la même manière :
« Je ne suis pas contre mais je préfère attendre un peu. »
« J’ai peur des vaccins. »
« J’ai vu sur les réseaux sociaux que… »
Et vous, à devoir prendre du temps pour écouter, sans toujours savoir par où commencer, ni quoi dire précisément.
Pendant ce temps, les maladies évitables par la vaccination réapparaissent, et la couverture vaccinale recule, notamment chez les populations les plus à risque.
Dans ce contexte, votre rôle dépasse largement la simple injection.
Vous accompagnez une décision, parfois fragile, parfois différée, mais toujours importante.
Parfois, vous plantez simplement une graine.
Et c’est déjà beaucoup.
Alors comment convaincre ces patients hésitants sans les braquer ?
Comment répondre sans imposer ?
Comment faire gagner la confiance vaccinale dans un contexte de défiance ?
Ce guide vous propose des outils concrets : modèle 5C adapté à votre pratique, argumentaires prêts à l’emploi, checklist et plus encore.
Pour aller plus loin et sécuriser votre pratique, découvrez notre formation dédiée à la prescription vaccinale.
Comprendre l’hésitation vaccinale : définition et enjeux pour les infirmiers
Qu’est-ce que l’hésitation vaccinale ?
L’hésitation vaccinale correspond au retard ou au refus d’un vaccin malgré sa disponibilité.
Elle naît de doutes, de préoccupations, de croyances, d’une perte de confiance dans les vaccins ou les autorités, ou d’expériences négatives, vécues ou rapportées.
Il n’y a pas de profil type : l’hésitation vaccinale se manifeste différemment d’un patient à l’autre, et peut ne concerner que certains vaccins.
L’OMS la classe parmi les dix principales menaces pour la santé mondiale depuis 2019.
Pour l’infirmier, l’enjeu n’est pas de savoir s’il sera confronté à un patient hésitant, mais d’être prêt à l’accompagner.
Pourquoi l’infirmier est l’interface privilégiée du patient ?
L’infirmier voit le patient régulièrement, souvent au long cours.
C’est ce lien, construit dans la durée, qui fait la différence.
Cette proximité permet d’installer une relation de confiance, d’accueillir les peurs, les doutes, les questions — sans pression, ni jugement — et de répondre dans le respect.
La plupart des patients se confient plus facilement à un soignant du quotidien.
Impact sur la santé publique
Une couverture vaccinale insuffisante a des conséquences directes.
La grippe 2024-2025 en est un exemple : le réseau Oscour évoque 158 259 passages aux urgences pour grippe/syndrome grippal sur les 12 semaines d’épidémie, un niveau nettement supérieur à la moyenne des cinq saisons précédentes.
Dans le même temps, la couverture vaccinale des personnes de 65 ans et plus tourne autour de 50 % — loin des 75 % recommandés par l’OMS.
Dans ce contexte, chaque consultation infirmière non exploitée est une opportunité vaccinale perdue.
Rôle relationnel infirmier dans la vaccination
L’infirmier informe, mais surtout traduit, explique et remet du sens dans des informations souvent mal comprises.
Il écoute, sensibilise, rassure et accompagne la décision du patient, quelle qu’elle soit.
En bref :
- 1 patient sur 4 à 6 hésite ou refuse le vaccin
- L’IDEL est en première ligne
- La communication fait partie intégrante de l’acte vaccinal.
| À retenir : La gestion de l’hésitation vaccinale s’inscrit dans une approche globale de la vaccination infirmière qui intègre la réglementation, la pratique clinique mais aussi la communication. |
Pour plus de détails, découvrez notre article : Vaccination infirmière — Guide complet.
Les causes principales de l’hésitation vaccinale chez les patients
Peur des effets secondaires
C’est la première cause d’hésitation.
Les effets secondaires courants — douleur locale, légère fièvre, courbatures, fatigue — sont souvent perçus comme dangereux, alors qu’ils correspondent à une réponse immunitaire normale, bénigne et transitoire.
Manque de confiance dans les vaccins ou les institutions
La pandémie de COVID-19 a marqué un tournant dans la relation de confiance à l’égard de la vaccination.
Cette défiance touche à la fois les laboratoires, les institutions sanitaires et les décisions politiques, et par extension, les vaccins eux-mêmes.
Sur le terrain, cette crise de confiance s’exprime par des phrases types :
- « On ne nous dit pas tout »
- « Ils ont changé d’avis plusieurs fois »
- « Je n’ai plus confiance ».
Ces réactions traduisent moins un rejet du vaccin qu’un besoin de cohérence, de transparence et de repères stables.
Influence des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux ont amplifié la défiance, en diffusant largement des théories complotistes ou des témoignages négatifs isolés.
Ces contenus, souvent émotionnels et simplistes, circulent plus vite que les données scientifiques et donnent une vision biaisée du risque.
Résultat : le patient arrive avec des informations partielles, parfois erronées, mais qu’il perçoit comme crédibles.
Manque d’information claire
Entre les notices de médicaments jugées incompréhensibles et les sites institutionnels perçus comme trop techniques ou partiaux, le patient ne sait plus à qui se fier ni comment faire le tri dans ce qu’il lit.
Expériences personnelles négatives
Un effet secondaire mal vécu — ou simplement entendu dans l’entourage — peut parfois marquer durablement. Même sans lien de causalité établi, l’impact émotionnel pèse souvent plus lourd que les chiffres dans la décision.
| Synthèse des causes d’hésitation vaccinale : – Peur des effets secondaires – Désinformation – Méfiance – Manque d’informations claires – Expériences négatives |
Les controverses autour de la vaccination influencent fortement la perception des patients et contribuent à l’hésitation vaccinale.
Pour en savoir plus, consultez notre article : Vaccination — Controverse et défiance autour des vaccins en France.
Le modèle 5C appliqué à la pratique infirmière
Le modèle 5C permet d’identifier rapidement ce qui bloque chez le patient :
- Confiance
- Complacence
- Contraintes
- Calcul
- Collectif (responsabilité collective).
Modèle 5C applicable à l’IDEL
| Dimension 5C | Freins fréquents | Réponse clé | Arguments terrain IDEL |
| Confiance | Méfiance vaccins / laboratoires / institutions | Citer des sources indépendantes fiables (HAS, SPF, ANSM), bilan pharmacovigilance | La relation de confiance est essentielle : écoute sans jugement, bienveillance, réassurance, accompagnement. |
| Complacence | Tendance à sous-estimer le risque lié à la maladie et à surestimer son immunité naturelle : « Je ne risque rien, c’est inutile » | Rappeler les risques réels de la maladie | Données épidémiologiques locales (SPF) : coqueluche, mortalité/grippe… |
| Contraintes | Logistiques, financières, temps, oubli | Vaccination à domicile, programmation des rappels de RDV,prise en charge de la vaccination par l’assurance maladie | Simplifier l’acte, anticiper les obstacles |
| Calcul | Balance bénéfices vs risques perçus par le patient | Données concrètes comparatives | Exemple : Risque d’effet secondaire avec le vaccin : 1/100 000 de doses administrées Risque de complications graves de la grippe chez un diabétique : 1/10 |
| Collectif | Responsabilité collective ignorée ou rejetée :« Ce n’est pas à moi de me faire vacciner » | Protection collective, immunité de groupe | « Protégez vos parents, grands-parents, ou simplement les personnes fragiles de votre entourage » |
Comment identifier l’hésitation vaccinale chez un patient
Signaux faibles à repérer
Le patient n’évoque pas toujours ouvertement sa peur ou sa réticence à se faire vacciner.
Mais quelques signaux simples permettent de reconnaître une hésitation vaccinale.
Questions à poser pour évaluer le niveau d’hésitation
Posez des questions ouvertes :
- « Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus concernant ce vaccin ? »
- « Avez-vous entendu des choses qui vous ont inquiété(e) ? »
- « Avez-vous déjà eu une mauvaise expérience avec un vaccin ? »
- « Comment puis-je vous redonner confiance ? »
Évaluer l’hésitation vaccinale
| Checklist : Reconnaître une hésitation vaccinale – Le patient pose régulièrement des questions sur la sécurité du vaccin – Il refuse sans argument clair – Il mentionne des informations entendues par des influenceurs ou lues sur les réseaux sociaux – Il demande plusieurs avis médicaux ou soignants avant de décider – Il — ou un proche — a vécu un effet secondaire mal expliqué – Il exprime une méfiance générale envers les institutions ou les laboratoires |
Adapter sa communication
La réponse à apporter dépend du niveau d’hésitation.
Une information ciblée peut suffire face à un doute léger. Une méfiance plus marquée nécessitera du temps, et parfois plusieurs rendez-vous.
Ne cherchez pas à convaincre à tout prix. Laissez une porte ouverte, et parfois, acceptez le refus.
Stratégies concrètes pour gérer l’hésitation vaccinale
H3 — Écoute active
Reformulez, validez les émotions et identifiez la source réelle du blocage avant de répondre.
Communication empathique
Reconnaître la légitimité des craintes, même infondées, crée un espace de dialogue.
Une phrase comme : « Je comprends que cette question vous préoccupe » avant de donner une information permet d’amorcer le dialogue sans braquer.
Argumentaire scientifique simple
Utilisez la balance bénéfice/risque avec des chiffres concrets et des sources fiables.
Rassurer sans imposer
Rassurez, puis laissez le temps faire son œuvre.
Un patient hésitant aujourd’hui peut revenir le lendemain.
| Guide pour l’entretien en 5 étapes : Écouter : « Je comprends votre inquiétude. Dites-moi ce qui vous préoccupe. » Comprendre : « Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus : les effets secondaires ? L’efficacité du vaccin ? » Informer : « Voici ce que montrent les données ANSM et HAS sur ce point précis. » Rassurer : « Le risque grave documenté est inférieur à 1/100 000 de doses administrées. » Proposer : « On peut programmer la vaccination quand vous vous sentirez prêt. » |
Savoir répondre aux patients sur la vaccination permet de lever les doutes et de renforcer l’adhésion vaccinale.
Pour en savoir plus, consultez notre article : Répondre aux patients sur la vaccination.
Répondre aux objections fréquentes des patients
Tableau des principales objections
| Objection patient | Vaccin concerné | Réponse IDE |
| Ce vaccin a été développé trop vite | Grippe / Covid | Le processus clinique a suivi les mêmes étapes réglementaires. La rapidité est due aux investissements massifs et à la coopération internationale. |
| J’ai peur des effets secondaires graves | Tous les vaccins | Les effets graves sont rares : anaphylaxie < 1/1 000 000 doses (ANSM). Les effets courants sont bénins et transitoires. |
| Le vaccin HPV est dangereux pour ma fille | HPV | Plus de 350 millions de doses ont été administrées dans le monde. Aucune étude ne montre d’effets graves avec ce vaccin. En revanche, le HPV, c’est 6 400 cancers / an en France. |
| La grippe, ce n’est pas grave | Grippe | Grippe 2024/2025 : + de 158 000 passages aux urgences pour grippe/syndrome grippal ont été recensés (Oscour). Pour les patients fragiles, le risque de complications est documenté. |
| Je ne fais pas confiance aux laboratoires | Covid / tous | Reconnaître la méfiance sans la nier. Orienter vers les données indépendantes fiables. Les données post-AMM sont remontées et publiées. |
H3 — Effets secondaires : la réponse clé
« Un effet secondaire bénin attendu est différent d’un risque grave imprévisible ».
Ne niez jamais qu’un vaccin puisse provoquer des effets secondaires.
Le rôle de l’infirmier dans la confiance vaccinale
Relation de confiance
La confiance se construit dans la durée. Chaque contact avec le patient est une occasion d’aborder la prévention, et donc la vaccination.
Éducation patient
L’éducation vaccinale comprend un rappel des bases de la vaccination (mécanismes de protection, bénéfice, risque…), et une information loyale et fiable.
Un patient qui comprend pourquoi un vaccin est recommandé est plus enclin à l’accepter.
Promotion de la vaccination
La promotion de la vaccination fait partie intégrante de vos missions.
Responsabilité professionnelle
En raison de votre proximité avec les populations à risque, vous êtes aux premières loges pour promouvoir la vaccination.
Cela implique de se former régulièrement, et de se vacciner soi-même pour protéger les patients vulnérables.
Pour aller plus loin, consultez notre article consacré au rôle infirmier dans la vaccination.
Outils pratiques pour gérer l’hésitation vaccinale
Fiches patient et supports officiels
Des fiches patient claires et validées existent :
- HAS : recommandations vaccinales, fiches de synthèse par vaccin.
- Santé Publique France : données de couverture vaccinale, bulletins épidémiologiques hebdomadaires.
- Vaccination-info-service.fr : espace professionnel dédié aux IDE.
- ANSM : rapports de pharmacovigilance, signalements d’effets secondaires vérifiés.
- Vaccins.net : ressources pédagogiques validées par des experts pour répondre aux patients.
Situations particulières d’hésitation vaccinale
Patients atteints de maladies chroniques
Les patients atteints de maladies chroniques redoutent souvent des interactions ou une moins bonne tolérance — des peurs souvent non fondées pour les vaccins inactivés.
Rappel clé : la plupart des maladies chroniques (diabète, BPCO, insuffisance cardiaque) sont précisément des indications renforcées pour la vaccination, pas des contre-indications.
Personnes âgées
La couverture vaccinale contre la grippe chez les 65 ans et + est en deçà des objectifs fixés. De même, les rappels DTP sont souvent oubliés chez cette population.
Profitez du temps dédié au bilan de prévention « Mon bilan santé » — à réaliser entre 60 et 65 ans — pour vérifier et mettre à jour le statut vaccinal.
Parents hésitants
Un parent sur quatre a déjà refusé ou retardé un vaccin recommandé pour son enfant. Soyez à l’écoute et rassurez.
Erreurs fréquentes face à l’hésitation vaccinale
À éviter absolument :
- Convaincre trop rapidement : la pression renforce le refus → écouter avant d’argumenter.
- Minimiser les inquiétudes : nier le vécu nuit à la confiance → écoutez, informez.
- Ignorer les émotions : la peur surpasse la logique → reformulez, rassurez.
- Utiliser des termes médicaux incompréhensibles → clarifiez le propos avec des mots simples et adaptés.
- Argumenter face à un refus → respectez la décision, documentez-la et laissez germer l’information.
FAQ — Hésitation vaccinale infirmier
Comment répondre aux patients anti-vaccins ?
Distinguez le patient anti-vaccins (refus idéologique) — qui reste marginal — et le patient hésitant. La plupart des patients restent accessibles et ouverts au dialogue. Écoutez, reformulez, rassurez puis apportez une information claire.
Comment rassurer un patient hésitant ?
Suivez le guide de l’entretien en 5 étapes : Écouter → Comprendre → Informer → Rassurer → Proposer. Un patient qui se sent entendu est plus réceptif à l’information.
Quels arguments utiliser face à l’hésitation vaccinale ?
Les arguments les plus efficaces sont personnalisés, concrets et adaptés à la cause réelle de l’hésitation. Utilisez : chiffres concrets ; données indépendantes et fiables ; comparatifs vaccin/complication/maladie ; données épidémiologiques locales…
Comment améliorer l’adhésion vaccinale de ses patients ?
Écoute bienveillante, sans jugement ni pression, réassurance, informations claires et loyales renforcent la confiance, et par extension, l’adhésion vaccinale. Ne forcez jamais, temporisez la vaccination, et le cas échéant, acceptez le refus.
Hésitation HPV et grippe 2025-2026 : quoi dire ?
HPV : « Ce vaccin protège contre des cancers réels — 6 400 par an en France. Plus de 350 millions de doses ont été administrées dans le monde. Les signaux de sécurité sont surveillés en permanence par l’ANSM. »
Grippe 2025-2026 : « L’épidémie étant particulièrement sévère, la campagne a été prolongée jusqu’au 28 février 2026. Moins de la moitié des personnes ciblées sont vaccinées. Pour vos patients fragiles, c’est une protection directe contre l’hospitalisation. »
Sources :
Inserm : Hésitation vaccinale — la santé publique, victime collatérale de la défiance politique.
Inserm : Vaccins et vaccination — un bénéfice individuel et collectif.
Vaccin Info Service : Histoire d’une polémique — Vaccin ROR et autisme.
Santé Publique France : Bulletin épidémiologique hebdomadaire — Grippe, saison 2024-2025.