Depuis quelques années, vous entendez parler de la certification périodique sans vraiment savoir ce qui se cache derrière.
Elle a été annoncée, retardée, précisée au fil des textes et des mois.
Aujourd’hui, elle s’installe concrètement dans le paysage professionnel.
Enfin presque.
Car si les grands principes sont désormais posés, certaines modalités pratiques — comme l’accès à la plateforme dédiée, Ma Certif’Pro Santé — sont encore en cours de déploiement.
Alors, que faut-il réellement en retenir ?
Et surtout, qu’est-ce qu’elle change pour les infirmiers ?
En résumé
La certification périodique repose sur un principe simple : maintenir et actualiser vos compétences tout au long de votre vie professionnelle.
Elle répond à plusieurs objectifs :
- renforcer la qualité et la sécurité des soins
- garantir aux patients un haut niveau de compétence des professionnels
- favoriser l’amélioration continue des pratiques
- valoriser l’engagement des soignants dans leur développement professionnel.
La certification repose sur un minimum de 2 actions par axe sur une période de 6 ans, soit 8 actions au total.
En pratique, certaines actions peuvent contribuer à plusieurs axes, ce qui vous permet de structurer progressivement votre parcours sans multiplier les formations.
→ Par exemple : la formation Accompagnement soins palliatifs peut entrer dans l’axe 1 (actualisation des connaissances) mais aussi dans l’axe 3 (communication avec les patients).
Une dernière question se pose : Les formations passées comptent-elles ?
→ Les actions réalisées depuis l’entrée en vigueur du dispositif peuvent être prises en compte dans le parcours de certification, sous réserve qu’elles répondent à l’un des quatre axes et qu’elles soient tracées.
| À noter : – Les infirmières Asalée sont concernées par cette obligation, même si elles ne réalisent pas de soins. – Les IPA ont leur propre référentiel, différent des infirmiers dits généralistes. – Les infirmiers remplaçants sont également inclus dans le dispositif. |
Une obligation encadrée
L’obligation de se former
L’obligation de formation continue fait déjà partie du quotidien des infirmiers.
Depuis plusieurs années, le Développement Professionnel Continu (DPC) guide cette démarche en imposant un cycle régulier de formation.
Avec la certification périodique, une nouvelle étape est franchie.
Il ne s’agit plus uniquement de suivre des formations, mais d’inscrire son développement professionnel dans une démarche globale, structurée et tracée sur le long terme.
Le cadre réglementaire
La certification périodique s’inscrit dans un cadre réglementaire solide :
- Ordonnance du 19 juillet 2021
- Articles L4022-1 et suivants du Code de la santé publique.
- Décret du 26 décembre 2025
- Arrêté du 26 février 2026
- Référentiels définis par la HAS.
Qui est concerné ?
Elle concerne les professions de santé à ordre : médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et pédicures-podologue, quel que soit leur mode d’exercice ou leur statut.
Une logique en 4 axes
La certification repose sur quatre axes qui doivent tous être validés.
1. Actualiser ses connaissances et ses compétences
C’est l’axe le plus familier, celui qui concerne le cœur de métier. Il couvre les actions de formation permettant de maintenir un niveau de connaissances conforme aux données actuelles de la science.
Il concerne :
- Le raisonnement clinique
- Les données probantes
- Les sciences infirmières et biomédicales
- La recherche et la lecture critique
- Le numérique en santé, y compris l’IA…
Cela inclut :
- les actions de DPC
- les formations FIFPL
- les cursus universitaires
- la participation à des congrès ou des journées scientifiques
- les programmes de simulation en santé
- la transmission de savoirs (tutorat)…
→ Rien de nouveau… mais tout doit désormais être tracé et valorisé.
2. Renforcer la qualité des pratiques professionnelles
Ici, on change de dimension. Il ne s’agit plus seulement d’apprendre, mais d’analyser sa pratique et d’améliorer ce qui pose problème.
Cet axe concerne :
- l’évaluation des pratiques (EPP)
- la gestion des risques
- l’audit clinique
- la sécurité
- le développement des compétences non techniques
- l’intelligence émotionnelle…
Cela inclut :
- les programmes intégrés (EPP / GDR)
- la participation à des groupes de travail
- l’implication dans l’exercice coordonné
- la contribution aux recommandations professionnelles
- la rédaction d’articles ou les retours d’expérience…
→ On attend que vous ne soyez plus seulement exécutant, mais que vous réfléchissiez à vos pratiques pour les améliorer.
3. Améliorer la relation avec les patients
C’est probablement l’axe le plus sous-estimé. Il est pourtant central.
Il concerne :
- la communication
- les approches relationnelles
- la prise en compte des dimensions culturelles
- la prévention de la maltraitance
- l’éducation et la prévention
- la gestion de la douleur…
Cela inclut :
- les formations relationnelles
- l’analyse de pratiques centrées sur le patient
- la simulation interprofessionnelle
- les actions de GDR (amélioration continue de la relation de soin)
- l’éducation thérapeutique
- l’annonce et l’accompagnement dans les situations difficiles…
→ Ces compétences relationnelles sont aujourd’hui considérées comme indissociables de la qualité des soins.
4. Mieux prendre en compte sa santé personnelle
C’est la grande nouveauté. Pour la première fois, le système reconnaît qu’un soignant épuisé soigne moins bien.
Cet axe concerne :
- les risques psychosociaux
- la gestion du stress
- la charge mentale
- l’organisation du travail
- les risques liés aux activités
- l’accès à la santé…
→ Si les formations existent, elles ne sont généralement pas prises en charge. Le financement personnel reste possible.
Cela inclut :
- l’auto-évaluation
- l’analyse clinique liée à la santé personnelle
- la supervision
- les activités extra-professionnelles
- la formation
- la mise à jour du calendrier vaccinal, la déclaration d’un médecin traitant…
S’il s’agit d’une belle avancée, en pratique, sa mise en œuvre demandera du temps.
Et côté traçabilité ?
Le suivi de la certification repose sur plusieurs acteurs :
- les ordres professionnels, chargés du suivi déontologique
- les conseils nationaux professionnels, qui élaborent les référentiels
- les dispositifs nationaux de traçabilité des actions réalisées.
Les éléments attendus pour valider la certification sont :
- les attestations de formation
- les certificats
- les diplômes universitaires
- les résultats d’évaluation
- les plans d’action d’amélioration des pratiques et outils d’EPP
- les publications, articles, projets
- les protocoles, checklists, outils pratiques
- les comptes rendus de réunion.
→ La certification repose sur une logique de traçabilité stricte : chaque action doit pouvoir être justifiée.
| Ce qui change profondément : Avant, vous vous formiez. Aujourd’hui, vous devez démontrer que vous vous êtes formé, pourquoi, et quel impact cela a. |
Une plateforme dédiée : Ma Certif’Pro Santé
Un téléservice national a été pensé pour centraliser le dispositif. Il n’est pas encore accessible. En revanche, vous serez informé de la création de votre compte par email (pensez à vérifier vos coordonnées auprès de votre ordre professionnel).
Ses missions seront :
- d’enregistrer les actions réalisées
- de suivre les parcours
- de produire des statistiques
- de permettre le contrôle.
→ À retenir : Le professionnel de santé disposera d’un compte individuel, alimenté automatiquement ou manuellement.
| Appel à la vigilance : attention aux faux dispositifs Des démarches frauduleuses apparaissent déjà autour de la certification périodique. Certains prestataires privés utilisent des noms ou des visuels proches de la future plateforme officielle pour proposer des formations payantes, parfois présentées comme « obligatoires ». À retenir : – La plateforme Ma Certif’Pro Santé est un téléservice public. – Elle ne vend pas de formations. – Elle ne vous contactera pas pour vous proposer des offres commerciales. Soyez vigilants si : – vous recevez un email vous incitant à payer pour valider votre certification – un organisme se présente comme « obligatoire » ou « agréé » par la certification – un paiement est demandé pour accéder à la plateforme. → En cas de doute, rapprochez-vous de votre ordre professionnel. |
Le rôle des instances ordinales
La validation du parcours de certification repose sur les instances ordinales, avec l’appui des Conseils Nationaux Professionnels (CNP)
Le rôle de l’ordre est :
- d’accompagner
- de vérifier
- de valider les parcours.
Mais aussi, en cas de non-respect :
- de demander des explications
- de proposer un entretien
- de lancer une procédure disciplinaire si nécessaire.
→ L’objectif n’est pas de sanctionner, mais d’encourager l’engagement dans une démarche de qualité.
Et si vous ne validez pas votre obligation ?
Le dispositif prévoit plusieurs étapes :
- envoi d’une observation écrite
- programmation d’un temps d’échange avec le professionnel
- mise en place d’une éventuelle procédure disciplinaire.
Exemple non exhaustif de parcours
| Exemple de formation | Axe | Financement | |
| Année 1 | Vaccination pour infirmier +Violence et agressivité | Axe 1 Axe 4 | DPC FIF-PL ou financement personnel |
| Année 2 | Bilan de Soins Infirmiers (BSI)+Accompagnement de la fin de vie | Axe 2 Axe 3 | DPC FIF-PL ou financement personnel |
| Année 3 | Salon infirmier+Prise en charge des douleurs induites par les soins | Axe 1 Axe 3 | Financement personnel DPC |
| Année 4 | Dépistage et prise en charge de la dénutrition+Analyse des pratiques (EPP en cabinet) | Axe 1 Axe 2 | DPC Gratuit |
| Année 5 | Déshydratation de la personne âgée+Cotations et NGAP | Axe 1 Axe 2 | DPC Financement personnel, FIF-PL |
| Année 6 | Troubles anxiodépressifs Gestion du stress | Axe 1/3 Axe 4 | DPC Financement personnel ou FIF-PL |
→ Certaines formations, comme la Gestion de la violence et de l’agressivité, peuvent relever de l’axe 4 lorsqu’elles sont centrées sur la prévention des risques et la protection des soignants.
Ce que cela change vraiment pour les infirmiers libéraux
Pour les IDEL, la certification périodique représente une évolution importante.
Contrairement aux structures hospitalières, où la formation et l’évaluation des pratiques sont souvent organisées collectivement, en libéral, les infirmiers sont plus autonomes mais surtout seuls.
Dans ce contexte, la certification permet une organisation plus structurée du développement professionnel.
Elle implique notamment :
- une planification des actions dans le temps, sur un cycle de 6 ans
- une diversification des actions, au-delà des seules formations DPC
- une prise en compte d’activités déjà réalisées, comme l’analyse des pratiques, les actions de prévention ou la participation à des événements professionnels
- une logique de traçabilité, avec la nécessité de conserver les justificatifs des actions réalisées.
La certification périodique pourrait ainsi contribuer à :
- structurer davantage les parcours de formation
- valoriser les démarches qualité
- renforcer la reconnaissance des compétences infirmières.
En revanche, cela demande une organisation du plan de formation dans un quotidien imprévisible et des tournées souvent lourdes.
Quel lien avec le DPC ?
La question se pose naturellement : la certification périodique remplace-t-elle le DPC ?
→ La réponse est non.
Le DPC reste une obligation réglementaire.
La certification périodique s’inscrit dans une logique plus globale. Elle vise à intégrer différentes dimensions du développement professionnel : formation, analyse des pratiques, qualité des soins et bien-être professionnel.
Autrement dit, le DPC devient l’un des outils de la certification, mais ne constitue qu’une partie du dispositif.
Tableau comparatif Certification périodique vs DPC
| Certification | DPC | |
| Objectif | Garantir le maintien global des compétences | Actualiser les connaissances |
| Périmètre | Démarche globale de développement professionnel | Formation et analyse des pratiques |
| Durée | 6 ans | Cycle triennal |
| Actions prises en compte | Formation, qualité des pratiques, relation patient, santé du professionnel | Formation + analyse des pratiques |
| Pilotage | Ordres professionnels + CNP | Agence nationale du DPC |
| Logique | Évaluation globale de la carrière | Obligation de formation |
→ La certification périodique s’inscrit dans la continuité des pratiques déjà en place et vise à structurer les actions existantes plutôt qu’à en ajouter de nouvelles.
Conclusion
La certification périodique marque une étape importante dans l’évolution des professions de santé.
Elle ne se résume pas à une obligation supplémentaire.
Elle vous permet de rendre visibles des actions déjà largement présentes dans votre pratique infirmière quotidienne.
Elle s’inscrit dans la continuité de votre exercice : continuer d’apprendre, de vous adapter et de faire face à des situations de plus en plus complexes.
Au final, ce dispositif vient renforcer la sécurité de votre exercice, de vos prises en charge et de vos patients, et pour la première fois, il vous permet surtout de prendre soin de vous.
Sources :
Igas.gouv.fr : Dispositif de certification périodique créé par l’Ordonnance n°2021-961 du 19 juillet 2021 : état des lieux financier.
Journal officiel : Décret n°2025-1335 du 26 décembre 2025.
HAS : Proposition de méthode d’élaboration des référentiels de certification périodique des professions de santé à ordre.Légifrance : Code de la santé publique — Article L4022-1 (et suivants).