Effets secondaires de la chimiothérapie (cancer du sein) : le kit IDEL pour trier, surveiller et escalader

Quand un cancer du sein est diagnostiqué, les médecins prescrivent généralement des cures de chimiothérapie, seules ou en association (chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie ou thérapies ciblées) selon le type de cancer et le stade d’évolution.

Si ces protocoles ont permis d’améliorer significativement la survie, ils s’accompagnent très souvent d’effets secondaires, plus ou moins invalidants, pouvant nécessiter des adaptations de doses, des reports de cures, voire un arrêt temporaire du traitement en cas de toxicité importante.

Le rôle de l’infirmier libéral repose alors sur trois piliers indissociables : le repérage précoce des effets indésirables, le soulagement des symptômes conformément aux prescriptions, et la coordination rapide avec l’équipe d’oncologie, sans jamais s’y substituer.

L’enjeu n’est pas de poser un diagnostic, mais de trier efficacement, de documenter les éléments cliniques utiles et d’orienter au bon moment.


Ce kit pratique vise à fournir un tri immédiatement actionnable, des fenêtres de vigilance cliniques, des check-lists simples et des scripts prêts à l’emploi pour sécuriser les décisions infirmières.

Le tri unique à utiliser partout (vocabulaire harmonisé)

  • Avis immédiat (maintenant) : gravité d’emblée, suspicion d’infection, malaise, aggravation rapide, signe vital inquiétant.
  • Avis rapide (dans la journée ou < 24 à 48 heures selon protocole) : symptôme persistant qui s’aggrave, retentissement sur l’hydratation, l’alimentation ou l’autonomie.
  • Surveillance planifiée : situation stable ou en amélioration, recontrôle daté avec consigne claire à la patiente : « si ça évolue → avis rapide »

Repère fièvre (sans remplacer le protocole)

Sous chimiothérapie, toute fièvre doit déclencher un contact rapide. Les repères habituels se situent autour de ≥ 38-38,5 °C, mais ces seuils peuvent varier d’un hôpital à l’autre, il faut donc se conformer au protocole remis.

Avant d’appeler le service, l’IDEL structure sa transmission et note systématiquement : 

  • la température et l’heure de la mesure,  
  • la présence éventuelle de frissons, 
  • l’état général, 
  • les symptômes associés. 

À retenir :Les consignes écrites du service priment toujours. 

« Ce que je dois avoir » avant de trier (anti-blocage IDEL)

Avant de « trier », l’infirmier rassemble les informations de base :

  • Date et heure de la dernière cure, type de schéma.
  • Consignes écrites : qui appeler, quand, numéros d’urgences.
  • Traitements de support prescrits et allergies éventuelles.
  • Type de voie veineuse et état local. 
  • Événements survenus lors des cures précédentes (intolérance, hospitalisation, infection).

2 scripts copiables (patiente + équipe)

Deux scripts simples peuvent déjà structurer l’appel au service et aider à expliquer la situation à la patiente.

  • Script patiente : « C’est fréquent sous chimio, mais comme ça s’aggrave / vous empêche de boire, on contacte l’équipe. »
  • Script équipe : « Patiente sous chimio, symptôme…, depuis…, T°, apports hydriques, selles/vomissements, constantes, voie veineuse, traitements pris, tri IDEL (avis immédiat, rapide ou surveillance). »

Comprendre « quand ça peut tomber » (repères, pas des délais d’action)

Parce que les effets indésirables ne surviennent pas tous au même moment, la vigilance post-chimio doit s’adapter.

  • Les effets « immédiats » apparaissent généralement dans les premières 72 heures : troubles digestifs, fatigue, douleurs.
  • Les effets plus tardifs, eux, surviennent souvent autour de la 2e semaine : baisse des globules et des plaquettes exposant aux infections, à l’anémie, aux saignements.

Message clé : la fenêtre varie selon protocole, le terrain et les traitements associés → l’IDEL surveille surtout l’évolution clinique.

Check-list visite/point téléphonique (10 items max)

Au domicile, une check-list peut faciliter la surveillance. Elle peut s’adapter aux situations. Pour couvrir une bonne partie des effets indésirables généralement observés, elle s’intéresse à :

  • Température, frissons, état général.
  • Hydratation : boit-elle suffisamment ? diurèse ?
  • Nausées/vomissements : contrôlés par les supports ou pas ?
  • Transit : diarrhée ou constipation significative.
  • État buccal : douleur, plaies, difficulté à boire ou manger ?
  • Dyspnée, palpitations, vertiges.
  • Douleur (EVA) et efficacité traitements.
  • Neuropathie : fourmillements, engourdissements, gêne fonctionnelle.
  • Peau et ongles + site voie veineuse.
  • Sommeil, anxiété, adhésion aux supports.

Tableau 1 (copiable) : « moment repère → vigilance → quoi regarder »

Moment (repère)Ce qui peut ressortirPriorité IDEL
0-72 hTroubles digestifs, fatigue, douleursHydratation, supports, douleur
J3-J10 (variable)Diarrhée, constipation, mucite débutanteSelles, bouche, apports
2e semaine (variable)Baisse des globules (risque infectieux)Fièvre, frissons, état général
Entre les curesEffets cumulés (fatigue, neuropathie, peau/ongles)Évolution vs cure précédente

Fièvre et frissons sous chimio : quoi faire (version IDEL)

Sous chimiothérapie, la fièvre et les frissons doivent toujours être considérés comme potentiellement graves, notamment avec la neutropénie attendue.

Rôle IDEL :

  • Vérifier les repères seuils.
  • Documenter : heure, T°, frissons, tension artérielle, fréquence cardiaque, symptômes associés (frissons, toux, brûlures mictionnelles, douleur localisée, altération de l’état général).

Le message clé :

« fièvre = contact rapide », sans proposer de « simple surveillance jusqu’au lendemain » lorsque l’état général est altéré.  La neutropénie fébrile est une urgence oncologique qui peut nécessiter une prise en charge hospitalière immédiate et un traitement antibiotique probabiliste.

Déshydratation et intolérance majeure

Les vomissements répétés, la diarrhée importante, ou l’impossibilité de boire exposent rapidement à la déshydratation.

Signes à repérerConduite à tenir 
Malaise, hypotension, tachycardie, bouche sèche, diminution de la diurèse, trouble de la vigilanceAvis immédiat si sévère ; avis rapide si le risque s’installe

Saignements et hématomes inhabituels

La thrombopénie induite par la chimiothérapie peut augmenter le risque d’hématomes et de saignements.  

Signes à surveiller Rôle infirmier :
GingivorragiesÉpistaxisSang dans les urines ou les sellesÉvaluer la quantité de l’écoulement et l’état général Noter la durée et le contexteTransmettre et orienter selon la gravité

→ Avis rapide voire immédiat selon l’importance du saignement et l’état hémodynamique. Dans certains cas, une transfusion de plaquettes peut être nécessaire.

Dyspnée / douleur thoracique / malaise

Dyspnée brutale, douleur thoracique, malaise, cyanose ou confusion relèvent d’un circuit urgent.

L’IDEL documente rapidement les constantes, le contexte (effort ou repos, apparition brutale ou progressive), les traitements pris et les antécédents cardiovasculaires.

Réaction d’hypersensibilité / réaction liée à la perfusion (à connaître)

Les réactions d’hypersensibilité ou celles liées à la perfusion surviennent plutôt pendant ou peu après l’administration des chimiothérapies.  

Signes à surveiller Conduite à tenirÉléments de transmission
Urticaire, prurit, flush, œdème, gêne respiratoire, malaise ou hypotensionAvis immédiat, circuit urgent si signes respiratoires ou malaiseMoment (pendant ou après la perfusion), traitements déjà initiés, constantes

Cathéter/PICC/PAC : infection ou complication locale

Les complications sur cathéter (PAC, PICC, voie périphérique) sont à surveiller : elles peuvent rapidement évoluer vers des infections locales ou systémiques voire des thromboses.  

Signes à surveillerConduite à tenir 
Rougeur, douleur, écoulement, chaleur au point d’insertion, gonflement du bras ou du cou, douleur sur le trajet veineux → suspicion de phlébiteAppel immédiat si fièvre + frissons + site inflammatoire → suspicion d’infection

Mini-check « site + systémique » (en 6 points)

Les signes systémiques en 6 points :

– douleur locale ? 
– rougeur ? 
– écoulement ? 
– chaleur ? 
– gonflement membre ? 
– fièvre et/ou frissons ?

→ action immédiate surtout si fièvre et/ou frissons ou aggravation rapide.

Nausées/vomissements : ce qui est utile à l’IDEL

Les troubles digestifs sont parmi les effets secondaires les plus fréquents et les plus anxiogènes pour les patientes.  

Le rôle de l’IDEL consiste à : 

  • vérifier l’observance et l’efficacité des antiémétiques prescrits, 
  • encourager une hydratation fractionnée et une alimentation adaptée, 
  • repérer rapidement l’intolérance majeure (vomissements répétés, diarrhée abondante, impossibilité de boire).

→ Avis rapide si les troubles sont majeurs.

Diarrhée : évaluer la gravité sans « prescrire »

Signes à relever Conduite à tenir 
Fréquence sur 24 hPrésence de sangDouleurs abdominales FièvreSignes de déshydratationPrise de laxatifs ou d’antibiotiques  Mesures de base selon consignes écrites
Avis immédiat si sang dans les selles, fièvre, malaise ou déshydratation

Constipation : prévenir l’escalade

La constipation est également fréquente, souvent liée aux antiémétiques, aux opioïdes, et à la baisse de l’hydratation et de l’activité.  

L’IDEL vérifie la date des dernières selles, la présence de douleurs, ballonnements, vomissements, et l’impact sur le confort. 

Des douleurs importantes avec arrêt complet des gaz et des selles, associées à des vomissements, doivent faire suspecter une occlusion et déclencher un avis rapide voire immédiat.

Mucite : prévenir + bascule « avis rapide »

Les mucites buccales peuvent rendre l’alimentation et l’hydratation très difficiles et exposer au risque de dénutrition et de déshydratation.  

L’IDEL sensibilise à l’hygiène buccale douce, à l’utilisation des produits recommandés par le service, et signale rapidement les douleurs importantes ou les ulcérations étendues qui empêchent de boire ou manger.

Peau/ongles : sécheresse, fissures, surinfection

Les atteintes cutanées et unguéales sont fréquentes, et peuvent être très invalidantes.  

Signes à surveillerRecommandations Surveillance IDEL
Sécheresse, fissures, infections, photosensibilisationHydratation et protection de la peau selon les conseils du serviceSignes de surinfection, douleur, extension rapide

En cas de signes d’alerte : décrire les lésions avec précision + photos via un circuit sécurisé, avec l’accord de la patiente.

Douleur : objectiver et réévaluer

La prise en charge de la douleur, qu’elle soit liée à la maladie, aux soins ou aux toxicités doit être prise en compte :

  • Évaluation systématique de la douleur avec une échelle adaptée. 
  • Noter la localisation, l’évolution, l’impact sur le sommeil et la mobilité, ainsi que l’efficacité des antalgiques.

→ Une douleur nouvelle, intense, qui s’aggrave ou s’accompagne de signes généraux doit faire basculer vers un avis rapide voire immédiat.  

Neuropathie périphérique : dépister tôt + piège « peut persister/s’aggraver »

Certaines chimiothérapies peuvent induire des neuropathies périphériques.  

Ces symptômes peuvent apparaître progressivement et parfois persister ou s’aggraver même après l’arrêt du traitement.

Signes d’alerteRôle infirmier 
FourmillementsEngourdissementsDouleursGêne fonctionnelleÉvaluation du retentissement : troubles de la marche, chutes, difficulté à effectuer les gestes fins, douleurs nocturnes→ Transmission rapide pour réajustement du traitement

« Cerveau de la chimio », humeur, sommeil

Signes évocateursConseils simples
Troubles de la concentrationTroubles de la mémoireRalentissementIrritabilitéAnxiétéInsomnieRoutinesPriorisation des tâchesUtilisation d’agendas ou de carnets si la patiente les accepteTemps de repos organisés 

Ces troubles sont fréquemment observés sous chimiothérapie et peuvent persister à distance.  

→ En cas de détresse majeure, d’effondrement de l’humeur ou d’idées noires, un circuit adapté doit être activé.

Cycle, fertilité, sécheresse vaginale, libido (prisme IDEL)

Les traitements du cancer du sein peuvent impacter la sexualité et le rapport au corps (sécheresse vaginale, douleurs, baisse de la libido). Ces troubles sont fréquents et peuvent être pris en charge ; les évoquer permet d’orienter la patiente vers des ressources adaptées.

SBAR / « SMS pro en 20 secondes » (à copier)

Pour fluidifier les échanges, l’utilisation d’un format standardisé type SBAR est particulièrement utile.  

Exemple de script :

  • Situation : « Patiente sous chimio sein, J… post-cure, symptôme principal… ».
  • Background : comorbidités majeures, voie veineuse, incidents lors des cures précédentes, traitements de support.
  • Assessment : T°, constantes, hydratation, selles/vomissements, douleur, état de la voie veineuse, autres signes de gravité.
  • Recommendation : « Avis immédiat / avis rapide / consigne de surveillance ».

Traçabilité minimale utile (zéro paperasse inutile)

Pour sécuriser la continuité des soins sans alourdir la « paperasse », une traçabilité minimale, centrée sur les symptômes datés, leur intensité, leur retentissement, les traitements pris et la décision de tri, suffit souvent.

Une formation DPC dédiée à la chimiothérapie permet d’approfondir ces repères et d’harmoniser les pratiques infirmières au domicile.

Elle s’appuie sur des situations cliniques concrètes pour :

  • identifier rapidement les situations à risque 
  • structurer les transmissions vers l’équipe d’oncologie 
  • sécuriser le suivi des patientes entre deux cures.

À domicile, entre deux cures de chimiothérapies, la surveillance infirmière se joue souvent sur des signes discrets mais décisifs : une fièvre qui débute, une intolérance digestive qui s’installe, une fatigue qui s’aggrave, une patiente qui n’arrive plus à boire.

Le rôle de l’IDEL est alors de repérer ce qui bascule, de poser des éléments cliniques précis et de transmettre les bonnes informations au bon moment. Ce tri, appuyé sur des repères simples et partagés, permet d’alerter tôt et de sécuriser le suivi entre la ville et l’hôpital.

Source :

Inca : Effets indésirables

Inca : la chute des cheveux (alopécie) et troubles cutanés

Infos cancer : Quelques définitions : qu’est-ce qu’un effet indésirable

MSD Manuel : Effets secondaires de la chimiothérapie

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