En libéral, une plaie ne se résume pas seulement au choix du pansement à poser dessus.
Trois autres questions s’imposent dès le premier passage : que puis-je faire au juste, comment coter le soin et dois-je me former ?
Depuis le 30 juin 2026, le périmètre infirmier s’est élargi. Alors, entre escarre, ulcère veineux et plaie du pied diabétique, il n’est pas toujours facile de savoir jusqu’où aller, quand demander un avis et à quel moment passer la main.
Rassurez-vous, il reste encore quelques limites claires.
Ce guide vous propose de faire le point. Vous y trouverez des repères utiles pour évaluer une plaie, organiser sa prise en charge, sécuriser votre facturation et choisir une formation adaptée à vos besoins comme à la réalité d’une tournée.
Ce que recouvre la prise en charge des plaies pour un infirmier libéral
Depuis le 30 juin 2026, l’IDEL peut prendre en charge certaines plaies aiguës et chroniques en toute autonomie. Cela comprend :
- l’examen clinique infirmier
- le nettoyage
- la détersion mécanique
- la surveillance
- la réalisation des pansements.
Cette autonomie ne couvre pas toutes les situations. La plaie du pied diabétique, la plaie postopératoire et la plaie qui s’aggrave malgré les soins restent exclues de ce nouveau périmètre d’intervention en propre.
| Deux points à retenir pour 2027 À compter du 1er janvier 2027, les pansements de plaies non chirurgicales pourront être réalisés et facturés en accès direct. Pour les plaies courantes à risque de complication ou de récidive, un bilan annuel coté 3.48 pourra être facturé. Il ne remplace pas le bilan AMI 11 dédié aux plaies nécessitant un pansement lourd et complexe. |
Plaies aiguës, chroniques, postopératoires : où s’arrête le rôle de l’IDEL ?
Sur le terrain, trois types de plaies reviennent régulièrement. Chacune vous laisse une marge de manœuvre différente.
| Types de plaies | Repère | Rôle IDEL |
| Plaie aiguë traumatique | Plaie superficielle récente qui suit le processus normal de cicatrisation. | Évaluation et prise en charge autonome dans les limites de l’arrêté. |
| Plaie chronique | Plaie qui ne cicatrise pas au-delà de 4 à 6 semaines | Évaluation, soins, surveillance et adaptation du protocole. Prise en charge coordonnée si aggravation ou absence de cicatrisation malgré les soins. |
| Plaie postopératoire | Plaie qui dépend de la stratégie du chirurgien | Soins prescrits, surveillance et transmission des signes de complications : écoulement, fièvre, douleur croissante, saignement, désunion… |
Il existe plusieurs exclusions, qui imposent une prescription, une orientation ou une prise en charge coordonnée :
- plaie du pied diabétique
- plaie liée aux soins oncologiques ou à la radiothérapie
- plaie qui s’aggrave ou ne cicatrise pas malgré les soins
- plaie postopératoire
- plaie pénétrante située près d’un orifice ou d’un axe vasculaire
- plaie balistique ou située sur le visage
- plaie de la main, sauf dermabrasion superficielle sans perte de sensibilité ni de motricité
- certaines brûlures sur terrain à risque, notamment chez l’enfant de moins de trois ans.
Escarre, ulcère veineux, pied diabétique : trois situations du libéral
| Situation | Point de vigilance | Rôle IDEL |
| Escarre | Profondeur, douleur, points d’appui, mobilité, support et état nutritionnel. | Évaluation, prévention, décharge, soins locaux.Concertation médicale rapide si atteinte profonde, nécrose étendue, suspicion d’infection profonde ou d’ostéite. |
| Ulcère veineux | Origine veineuse à confirmer.Vérification du statut artériel avant toute compression. | Évaluation de la plaie, mesure de l’IPS, soins et surveillance.Force de compression prescrite à respecter. |
| Plaie du pied diabétique | Risques d’infection, d’ischémie et d’aggravation rapide. | Protection de la plaie, suppression de l’appui selon les consignes, surveillance et organisation d’une évaluation spécialisée dans les 48 h. |
À retenir : une douleur de repos, un pied froid, une pâleur, une cyanose, des pouls non perçus ou des signes d’infection imposent une orientation sans délai.
Ce que l’IDEL est le seul à voir au domicile
En général, le médecin voit la plaie une fois. Vous, vous la voyez tous les jours ou presque. Vous êtes donc les mieux placés pour repérer ce qui ne va pas ou ce qui risque de retarder la cicatrisation. Quelques questions simples peuvent guider votre surveillance :
- Est-ce que la plaie évolue bien, stagne ou se dégrade ?
- Le patient respecte-t-il les consignes, le pansement, la compression ou la décharge ?
- La douleur est-elle soulagée ? Augmente-t-elle ?
- L’environnement du domicile permet-il de respecter les recommandations (matelas adapté, hygiène suffisante, présence d’un aidant…) ?
- L’état nutritionnel est-il suffisant (repas, poids stable, appétit conservé, hydratation correcte…) ?
Les données servent à alimenter le dossier de soins et à transmettre les informations utiles : dimensions, tissu, exsudat, peau périlésionnelle, douleur, température, photos datées avec l’accord du patient.
Seul, en réseau ou orienter : le tableau de décision
Si certaines situations vous permettent de démarrer les soins en toute autonomie, d’autres ne vous dispensent pas de demander un avis ou d’orienter vers le bon interlocuteur.
| Type de plaie | Prise en charge autonome | Réseau de soins nécessaire | Orientation médicale et délai |
| Plaie aiguë traumatique | Évaluation, nettoyage, détersion mécanique superficielle, protection et surveillance de la cicatrisation | Médecin, centre de soins non programmés ou chirurgie selon le mécanisme et la localisation | Immédiate si hémorragie non contrôlée, déficit moteur ou sensitif, plaie profonde, pénétrante, faciale ou proche d’un axe vasculaire. Le jour même si souillure importante, corps étranger, morsure ou statut tétanique incertain. |
| Plaie postopératoire | Soins et surveillance selon la prescription et le protocole du chirurgien | Chirurgien ou équipe référente en cas d’évolution suspecte. | Le jour même si désunion, écoulement purulent, saignement persistant, douleur croissante ou fièvre. Urgente si AEG ou suspicion de sepsis. |
| Escarre | Stade 1 et 2 : prévention, évaluation, décharge, changements de position, soins locaux adaptés, surveillance de la peau et de l’état général. | Stade 3 et 4 : médecin, équipe plaies et cicatrisation, diététicien, kiné, ergo selon les facteurs associés. | Rapide si atteinte profonde, nécrose étendue, aggravation, douleur nouvelle, infection profonde, suspicion d’ostéite. Urgente si sepsis. |
| Ulcère veineux | Évaluation, mesure de l’IPS, soins locaux, compression conforme à la prescription initiale. | Médecin, angiologue.Bilan initial pour confirmer l’étiologie, ou devant une plaie mixte, récidivante ou résistante. | Sans délai si signe d’ischémie. Avis médical si aggravation, infection ou absence d’évolution favorable malgré un protocole bien conduit. |
| Plaie du pied diabétique | Protection de la plaie, surveillance et organisation rapide du parcours. | Médecin, diabétologue, centre du pied diabétique dès la découverte. | Évaluation spécialisée dans les 24-48 h. Immédiate si infection rapidement évolutive, ischémie, nécrose, fièvre ou AEG. |
Une plaie peut rapidement changer de catégorie entre le lundi et le mercredi. L’orientation doit alors reposer sur des critères précis :
- extension de la rougeur ou de l’induration autour de la plaie
- augmentation mesurée de la surface ou de la profondeur
- apparition d’une cavité, d’un décollement ou d’une structure profonde exposée
- douleur nouvelle, croissante ou disproportionnée
- modification nette de l’exsudat, de l’odeur ou de la peau périlésionnelle
- saignement inhabituel ou persistant
- pied froid, pâle ou cyanosé, temps de recoloration allongé, pouls non perçus
- fièvre, frissons, confusion, tachycardie ou altération de l’état général
- stagnation ou aggravation malgré des soins adaptés et correctement suivis.
Exemple de transmission à l’équipe concernée : « présence d’une induration, d’un saignement au retrait du pansement, d’une extension de 10 mm en 15 jours… ».
À noter : pensez à toujours utiliser la même méthode de mesure et, si possible, le même angle photographique.
Évaluer une plaie : les repères cliniques avant de décider
La première chose à faire est de recueillir les informations utiles : type de plaie, date de la plaie, comorbidités associées, état général du patient (hygiène, poids…).
Une plaie propre sur un patient dénutri, artéritique ou constamment en appui est à risque de complication.
| Les quatre phases de la cicatrisation Une plaie ne passe pas d’une phase à l’autre selon un calendrier défini. Les étapes se chevauchent, mais quelques repères permettent de suivre son évolution : Dès les premières heures → hémostase : le saignement s’arrête, un caillot se forme. Les premiers jours → inflammation : la plaie peut être rouge, chaude et exsudative. Cela fait partie du processus normal. Mais une rougeur qui s’étend, une douleur qui augmente ou un écoulement anormal doivent toujours alerter. Après quelques jours et pendant plusieurs semaines → prolifération : le tissu de granulation apparaît, les vaisseaux se développent, la plaie se comble et les berges se rapprochent. À partir de la troisième semaine → maturation : la cicatrice se consolide mais reste fragile pendant plusieurs mois. Ces délais donnent une indication, mais c’est toujours l’aspect de la plaie qui guide la suite des soins. |
La détersion : quand, comment, jusqu’où va le rôle infirmier ?
La détersion mécanique, vous connaissez : on débarrasse la plaie de la fibrine, des débris et des tissus morts pour réduire l’inflammation et favoriser la cicatrisation.
On retire ce qui doit l’être, mais on s’arrête à la limite du tissu sain, sans forcer ni exposer un os, un tendon, un vaisseau ou une articulation.
| À retenir : En cas de nécrose sèche d’un membre inférieur, pas de détersion avant d’avoir vérifié la vascularisation. On arrête également devant un saignement difficile à contrôler, une douleur inhabituelle ou une atteinte plus profonde que prévue. Dans ce cas, on passe la main à l’équipe médicale. |
Adapter le protocole à la phase de cicatrisation
Une plaie évolue. Le protocole doit suivre. Ce qui convenait la semaine dernière peut ne plus être adapté aujourd’hui. C’est aussi à ça que sert votre surveillance.
À chaque passage, vous regardez le lit de la plaie, l’exsudat, les berges et la peau périlésionnelle avant de refaire le pansement par habitude.
Si l’exsudat déborde, si les berges blanchissent ou si la plaie s’étend ou se creuse, c’est qu’il est temps de modifier le protocole.
Ce qui bloque la cicatrisation et que l’IDEL peut objectiver au domicile
Quand une plaie stagne, le pansement n’est pas forcément le seul responsable. Au domicile, plusieurs freins peuvent être repérés :
- dénutrition ou apports nutritionnels insuffisants
- diabète déséquilibré
- artériopathie ou insuffisance veineuse mal compensée
- appuis répétés, frottements, décharge mal respectée
- tabac, corticoïdes, immunosuppresseurs
- douleur mal contrôlée
- œdème, macération ou hygiène insuffisante.
À retenir : devant une perte de poids inexpliquée, un appétit diminué, des repas sautés ou un frigo vide, une dénutrition doit être recherchée.
Signes d’infection locale : reconnaître et réagir
Une plaie chronique héberge naturellement des bactéries. Leur présence ne suffit donc pas à parler d’infection. De même, l’odeur du pansement ne justifie pas à elle seule une antibiothérapie.
D’autres signes doivent alerter :
- douleur nouvelle ou croissante
- érythème, chaleur ou induration qui s’étendent
- augmentation ou changement de l’exsudat
- écoulement purulent
- odeur nouvelle après nettoyage
- tissu de granulation friable, saignement inhabituel ou dégradation rapide
- fièvre ou altération de l’état général.
Pour plus de détails, consultez notre article : Comment soigner les plaies infectées ?
Coter et facturer les soins de plaie en libéral
La cotation des soins de plaie répond à des critères précis que vous retrouvez dans la NGAP.
| NGAP vérifiée le 12 août 2026 Le pansement se facture sous la clé AMI ou AMX dans le cadre du forfait dépendance. Actuellement, l’AMI et l’AMX valent 3,15 euros (en métropole). En novembre 2026, leur valeur passera à 3,35 €, puis à 3,45 € à compter du 1er novembre 2027. |
Quelle nomenclature appliquer selon le type de plaie ?
Tableau des cotations au 12 août 2026
| Cotation | Soins concernés |
| AMI 2 | Ablation de dix fils ou agrafes ou moins, pansement compris. |
| AMI 2.02 | Pansement courant d’une plaie non chirurgicale : ulcère, escarre, plaie aiguë ou chronique non chirurgicale. Pansement d’une plaie chirurgicale simple. |
| AMI 3 | Pansement de plaies opératoires étendues ou multiples après chirurgie mammaire ou abdominoplastie. Pansement postopératoire après exérèse multiple de varices ou ligatures multiples de veines perforantes avec ou sans stripping. |
| AMI 4 | Ablation de plus de dix fils ou agrafes, pansement compris. Pansement lourd et complexe répondant aux critères de la NGAP. |
| AMI 5.1 | Pansement d’ulcère ou de greffe cutanée avec pose d’un dispositif de compression. |
| AMI 11 | Bilan réalisé lors de la première prise en charge d’une plaie nécessitant un pansement lourd et complexe. |
| AMI 1.1 | Analgésie topique préalable à un pansement d’ulcère ou d’escarre. |
| AMI 4.6 | Pose d’un système de traitement par pression négative à usage unique. |
| AMI 2.1 | Pansement additionnel sans changement de console dans le cadre d’un traitement par pression négative. |
À noter qu’à compter du 1er janvier 2027 :
- Les pansements de plaies non chirurgicales cotés AMI 2.02 pourront également être facturés en accès direct.
- Un nouveau bilan annuel pourra être facturé AMI 3.48.
Les règles de non-cumul habituelles s’appliquent. Les déplacements se facturent si les soins se font au domicile des patients.
Pansement lourd et complexe : dans quels cas ?
La NGAP donne des critères précis pour coter le pansement lourd et complexe :
- Brûlure ou plaie chimique ou plaie thermique étendue, sur une surface > 5 % de la surface corporelle.
- Brûlure suite à la radiothérapie, sur une surface > 2 % de la surface corporelle.
- Ulcère étendu ou greffe cutanée, sur une surface > 60 cm2.
- Plaie d’amputation avec détersion, épluchage ou régularisation.
- Fistule digestive.
- Perte de substance traumatique ou néoplasique, avec lésions profondes, sous aponévrotiques, musculaires, tendineuses ou osseuses.
- Plaie nécessitant un méchage ou une irrigation.
- Escarre profonde et étendue atteignant les muscles ou les tendons.
- Pansement chirurgical avec matériel d’ostéosynthèse extériorisé.
Une majoration de coordination MCI peut être ajoutée si vous réalisez le pansement à domicile.
Les erreurs de cotation qui coûtent le plus cher
Les principales erreurs sont :
- Appliquer une MAU injustifiée : elle est réservée aux actes isolés cotés AMI ≤ 1.5.
- Coter un AMI 4 parce que le soin est long, douloureux ou techniquement pénible.
- Facturer un nouveau bilan AMI 11 sans respecter les conditions de renouvellement.
- Ajouter un pansement déjà inclus dans le bilan.
- Ne pas appliquer les règles de cumul : exemple en cas de chirurgie mammaire bilatérale, le second pansement est coté à 50 % de sa valeur (AMI 3 + AMI 3/2).
- Ne pas tenir compte du forfait dépendance et de ses règles de cumul.
Pensez aussi à consigner chaque évaluation dans le dossier et la date de fin des soins. En cas de contrôle, ces informations vous seront fort utiles !
Le guide ne traite pas des cotations des plaies diabétiques. Pour plus de détails, consultez l’article dédié : Cotations IDEL diabète.
DU ou formation courte : quelle voie de montée en compétence quand on est libéral ?
Le premier permet d’approfondir le sujet sur plusieurs mois et peut ouvrir de nouvelles perspectives. La formation DPC répond davantage à un besoin précis rencontré dans sa pratique.
| Critères | DU plaies et cicatrisation | Formation DPC |
| Durée | Entre 80 et 120 heures, généralement réparties sur une année universitaire | Quelques heures à plusieurs jours selon le programme |
| Format | Le plus souvent une journée de cours par mois, selon un calendrier fixé par l’université | Présentiel, classe virtuelle ou e-learning selon la formation |
| Coût réel | Variable selon l’université : frais d’inscription et dépenses liées à la formation, déductibles en frais professionnels (conservez les factures) | Coûts pédagogiques pris en charge et indemnités pour compenser la perte de revenus si formation éligible |
| Financement | FIF-PL, employeur ou financement personnel selon le statut et les droits disponibles | ANDPC, FIF-PL ou financement personnel selon le programme et les droits disponibles |
| Sélection | Dossier, CV, lettre de motivation, parfois entretien. Places limitées. | Pas de sélection. Inscription auprès de l’organisme en fonction des places disponibles.Souvent, plusieurs sessions sur l’année. |
| Impact sur la pratique | Expertise développée sur plusieurs mois, analyse de situations complexes et possibilités d’intégrer un réseau Plaies et cicatrisation ou certaines consultations | Actualisation rapide des connaissances, sécurisation des prises en charge et des cotations. |
| Effet sur le CV | Diplôme universitaire propre à l’établissement qui le délivre | Attestation de formation + participation à l’obligation triennale DPC. |
Quand le DU est le bon choix
Vous souhaitez faire des plaies un véritable axe de votre exercice, rejoindre un réseau spécialisé ou participer à des consultations au sein d’une CPTS ? Le DU permet d’approfondir le sujet sur plusieurs mois et de rencontrer d’autres professionnels du secteur.
Quand une formation courte suffit — et s’adapte mieux
Si votre besoin est plutôt immédiat — revoir l’IPS, actualiser vos cotations ou maîtriser les nouvelles compétences infirmières — une formation courte sera plus facile à intégrer dans votre tournée.
Une formation en ligne : organisation et compatibilité avec une tournée
Besoin de mettre à jour vos pratiques sans bloquer une journée de tournée ni surcharger votre emploi du temps ?
Découvrez nos formations consacrées aux plaies et cicatrisation :
Plaies et cicatrisation, niveau avancé.
Source :
Ameli — Pansements complexes.
Société francophone du diabète — Référentiel de bonnes pratiques : pied diabétique.
Ameli — NGAP.
Ameli — Avenant 11.
Légifrance — Arrêté du 26 juin 2026 : Liste des actes et soins pouvant être réalisés par l’IDE.