Pourquoi se faire vacciner ? Comprendre les bénéfices individuels et collectifs de la vaccination

Pendant longtemps, la vaccination allait de soi. On se faisait vacciner sans débat, sans peur, parce qu’on avait vu ce que certaines maladies provoquaient.

La diphtérie étouffait les enfants. La rubéole malformait les fœtus. La poliomyélite laissait des membres inertes. Le tétanos tuait encore après une simple plaie.

Ces maladies, évitables par la vaccination, ont reculé grâce à des années de prévention massive, silencieuse et répétée.

Mais parce qu’elles sont devenues rares, on les a oubliées.

Et comme on ne les rencontre plus ni dans les services, ni en cabinet ni à domicile, certains en viennent à douter de l’utilité des vaccins.

Sur le terrain pourtant, la réalité est bien moins rassurante : les agents infectieux circulent toujours. Les déplacements favorisent leur transmission. Les populations vulnérables sont de plus en plus nombreuses. Et lorsque la prévention échoue, les traitements curatifs ne sont ni simples, ni anodins, ni toujours efficaces.

Parallèlement, le regard porté sur la parole médicale a changé.
La défiance s’est installée, nourrie par des discours émotionnels et des informations décontextualisées qui circulent souvent plus vite que les faits.

Les patients arrivent alors avec des peurs, des doutes, parfois des convictions forgées en dehors du champ du soin.

C’est là que le rôle des professionnels de santé — et de l’infirmier en particulier — est essentiel.

Il ne s’agit pas seulement de prescrire l’acte ou de convaincre à tout prix, mais d’écouter, d’expliquer, de remettre du concret là où la peur a pris le dessus. De redonner du sens à la vaccination, qui reste l’une des armes les plus efficaces de la prévention.

Pourquoi est-il encore important de se faire vacciner aujourd’hui ?

C’est ce que nous allons voir ensemble.

Enjeux pour les IDEL  

Bien souvent, la parole infirmière a plus d’impact qu’un discours institutionnel. Son rôle est donc plus que jamais déterminant.  

Connaître précisément les bénéfices vaccinaux permet de : améliorer l’adhésion des patients,apaiser leurs inquiétudes,renforcer la prévention en soins primaires.  

Risques infectieux toujours présents

Contrairement aux idées reçues, de nombreuses maladies infectieuses n’ont pas disparu :

  • rougeole,
  • coqueluche,
  • grippe saisonnière,
  • Covid-19,
  • méningites bactériennes ou virales,
  • tétanos,
  • hépatite B.

Certaines restent potentiellement mortelles ou responsables de séquelles lourdes — neurologiques, respiratoires ou hépatiques — en particulier chez les personnes non protégées par la vaccination.

Réduction des formes sévères

La vaccination permet :

  • une diminution significative des hospitalisations,
  • une baisse de la mortalité,
  • une réduction des complications aiguës et tardives (neurologiques, respiratoires, cardiovasculaires),
  • une meilleure protection des personnes à risque.

Vaccin et antibiotiques :

En réduisant les infections graves, la vaccination contribue indirectement à diminuer les prescriptions d’antibiotiques, et par conséquent, à lutter contre l’antibiorésistance.  

Tableau – Exemples de maladies et bénéfices vaccinal

MaladieRisques sans vaccinProtection apportée  
RougeolePneumonie, encéphalite, décèsForte réduction des formes graves et des complications neurologiques  
GrippeDécompensation cardiaque ou respiratoire, décès chez les fragiles  Moins d’hospitalisations, baisse de la mortalité
Hépatite BCirrhose, cancer du foieProtection durable, prévention des cancers hépatiques  
Covid-19Covid long, détresse respiratoire, décèsDiminution des formes sévères, baisse du risque de Covid long  
Coqueluche  Apnées du nourrisson, décès  Protection indirecte des nourrissons avec la vaccination de l’entourage  
TétanosComplications neuromusculaires, décès  Protection quasi-totale avec les rappels à jour  
MéningocoqueMéningite, septicémie, séquelles neurologiques, décès  Réduction majeure des formes invasives et mortelles  

Mécanisme d’immunité collective

Lorsque la couverture vaccinale est suffisante, la circulation de l’agent infectieux diminue. Plus la population est vaccinée, moins il y a de sujets sensibles, et moins la transmission est possible : c’est le principe de l’immunité collective.

Ce mécanisme est indispensable pour les maladies très contagieuses comme la rougeole ou la coqueluche.

Message simple à transmettre au patient  

Se vacciner, c’est se protéger soi-même, mais c’est aussi protéger ceux qui ne peuvent pas se défendre contre les infections.  

Publics dépendants de la protection des autres

Se vacciner permet de protéger indirectement :

  • les nourrissons trop jeunes pour avoir reçu l’ensemble des vaccins,
  • les femmes enceintes,
  • les patients immunodéprimés ou sous traitements immunosuppresseurs,
  • les personnes âgées, allergiques ou fragilisées par des pathologies chroniques.

Vaccination et grossesse :

La vaccination protège la grossesse et le fœtus (rubéole, coqueluche, grippe, Covid-19).

La vaccination pendant la grossesse protège deux vies.

Vaccination de l’enfant :  

Depuis 2018, plusieurs vaccinations sont obligatoires chez les nourrissons.

Depuis 2025, la vaccination contre le méningocoque B est intégrée au calendrier vaccinal de routine du nourrisson.  

Maladies pouvant entraîner des séquelles tardives

Certaines infections peuvent laisser des séquelles à long terme :

  • Rougeole : encéphalites, troubles neurologiques persistants.
  • Zona : douleurs neuropathiques chroniques (algies post-zostériennes).
  • Covid-19 : fatigue prolongée, dyspnée, troubles cardiovasculaires ou cognitifs.
  • Papillomavirus (HPV) : cancers du col de l’utérus, de l’oropharynx ou de l’anus.

Bénéfices sur la qualité de vie

La vaccination, c’est aussi :

  • moins d’arrêts de travail,
  • moins de chronicisation des symptômes,
  • une réduction des complications secondaires,
  • un meilleur maintien de l’autonomie et de la qualité de vie.

Le lien direct entre baisse de couverture vaccinale et résurgence

La baisse de la couverture vaccinale a entraîné la résurgence de certaines maladies autrefois contrôlées, y compris en Europe.

En France, des cas de tétanos sont encore diagnostiqués chaque année chez des personnes non vaccinées ou qui n’ont pas effectué leurs rappels.

Rappel vaccinal :  

Le rappel vaccinal n’est pas un « plus » : il fait partie intégrante de la stratégie de prévention.

Il permet de réactiver la mémoire immunitaire, de maintenir une protection individuelle efficace tout au long de la vie et de contribuer à la protection collective.  

Importance du maintien d’un taux vaccinal élevé

Les conditions sanitaires et l’accès aux soins varient fortement selon les pays. Certaines maladies évitables par la vaccination, comme la poliomyélite ou la diphtérie, circulent encore dans plusieurs régions du monde.

Les voyages internationaux peuvent ainsi réintroduire des agents infectieux, même en l’absence de cas locaux.

Le maintien d’une couverture vaccinale élevée est indispensable pour prévenir la reprise de la transmission et protéger la collectivité.

Vaccin, désert médical et précarité :  

Il constitue également un enjeu d’équité sanitaire : les populations précaires ou vivant dans des zones sous-dotées consultent plus tardivement, cumulent davantage de comorbidités et sont plus exposées aux complications évitables.

Aller au-devant de ces populations à risque est une priorité de santé publique.  

Tableau – Maladies en résurgence lorsque la vaccination baisse

MaladiePays / annéeCause principale  
Rougeole  France, 2018-2024Couverture vaccinale insuffisante
CoquelucheÉtats-Unis, EuropeAbsence de rappels chez l’adulte  
PoliomyéliteRoyaume-Uni, 2022Baisse vaccinale importante + importations  
DiphtérieEurope de l’EstDéfaut de vaccination + précarité  
TétanosFrance (cas sporadique)Absence de rappels chez l’adulte  

Prévention des maladies endémiques

Certains vaccins sont recommandés ou obligatoires avant un voyage :

  • fièvre jaune,
  • hépatite A,
  • typhoïde,
  • encéphalite japonaise.

Ils protègent le voyageur mais aussi la population du pays de retour.

Limiter les risques de réintroduction dans le pays d’origine

Un voyageur non vacciné peut être vecteur d’une maladie éradiquée localement.

Rôle majeur dans les pandémies historiques

La variole a été éradiquée grâce à la vaccination.

La poliomyélite a quasiment été éliminée.

Lors de l’épidémie de Covid-19, la vaccination a permis une baisse significative de la mortalité et de la pression hospitalière.

Réduction des mesures contraignantes

Une couverture vaccinale élevée permet de :

  • limiter les confinements et les isolements,
  • préserver le système de soins,
  • maintenir la vie sociale et économique.

Une protection anticipée

Le vaccin prépare le système immunitaire avant l’exposition réelle, évitant une réponse brutale et délétère de l’organisme.

Un choix éclairé fondé sur des preuves

Parler vaccination avec vos patients, ce n’est pas imposer un choix présenté comme évident.
C’est délivrer une information loyale, fondée sur les données scientifiques et les recommandations des autorités sanitaires — HAS, l’OMS, Santé publique France ou le CDC.

Politique vaccinale :  

En France, la politique vaccinale est définie par le ministère de la Santé à partir des recommandations de la HAS.

Elle tient compte de la situation épidémiologique, des caractéristiques et de la disponibilité des vaccins, ainsi que du niveau d’exposition et de risque des populations concernées.  

Tableau – Synthèse des bénéfices individuels et collectifs

NiveauBénéfices directsExemple  
IndividuelMoins de formes graves, moins de séquelles  Covid, grippe, zona  
CollectifProtection des personnes vulnérables  Nourrissons, immunodéprimés  
Santé publiqueMoins d’épidémies, soins moins saturés  Rougeole, grippe  
ÉconomiqueMoins d’arrêts de travail, hospitalisations évitables  Grippe saisonnière  
VoyageProtection spécifique, prévention de l’importation des agents infectieux  Fièvre jaune, hépatite A

Vaccination et épidémies :

La pandémie de Covid-19 a rappelé avec force ce qu’implique une épidémie non contrôlée lorsqu’aucun traitement curatif efficace n’est disponible.

Au-delà des décès directement liés au virus, elle a entraîné une surmortalité indirecte, conséquence de la saturation du système de soins, des retards de prise en charge et de l’épuisement des ressources hospitalières.

La vaccination a alors joué son rôle essentiel : donner à l’organisme les moyens de mieux faire face au virus.
Elle a permis de réduire les formes graves, les hospitalisations et les décès, d’améliorer la protection face aux variants successifs, et de desserrer progressivement l’étau sur les hôpitaux.

En limitant les hospitalisations évitables, la vaccination protège non seulement les patients, mais aussi le système de soins dans son ensemble, en préservant les capacités hospitalières — en particulier aux urgences — et la continuité des prises en charge.

« Les vaccins ne sont plus utiles »

Ils restent indispensables car les agents infectieux circulent toujours.

« Les vaccins contiennent des produits dangereux »

Tous les composants sont strictement contrôlés, validés, régulièrement actualisés par les autorités sanitaires.

« La maladie naturelle protège mieux »

La protection existe, mais avec des risques beaucoup plus graves que le vaccin.

« Le système immunitaire est surchargé par les vaccins »

Le nombre d’antigènes dans un vaccin est minime comparé à ceux rencontrés naturellement chaque jour.

La vaccination est un geste essentiel de santé publique, un pilier fondamental de la prévention.

Elle protège individuellement, collectivement et durablement, tout en limitant les résurgences épidémiques.

Les infirmiers occupent une place centrale dans l’acte vaccinal, l’information, l’accompagnement des patients vers un choix éclairé et la restauration de la confiance vaccinale.

Pour aller plus loin, découvrez nos formations dédiées à la vaccination :

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Vaccination par l’Idel : amélioration de la prévention.

Source :

Inserm : Pourquoi se faire vacciner ?

Vaccination Info Service : Bénéfices de la vaccination.

Calendrier vaccinal, publié chaque année par le ministère de la Santé et la HAS.

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